Vous avez vu les courses. Maintenant, découvrez ce qui se passait dans les caravanes.

Pitch : La carrière de Lance Armstrong, de sa rencontre avec Johan Bruyneel sur les routes des classiques wallonnes en 1993 a ses aveux face à Oprah Winfrey en 2013. Vingt ans de dopages et de mensonges.

Tout d’abord, il faut rassurer celles et ceux qui sont allergiques au cyclisme (il paraît que ça existe) : The Program n’est pas un film de sport, c’est un film d’arnaque. Stephen Frears s’attarde avant tout sur la mise en place d’une supercherie minutieusement préparée et dépeint le portrait d’un gars (Lance Armstrong) obnubilé par la victoire. De fait, Frears s’intéresse beaucoup moins à la course en elle-même qu’à ce qui se passait entre les courses, lorsque les coureurs de la formation US Postal se retrouvaient dans leur caravane avec une perfusion dans le bras. « Le bar est ouvert » disait alors Johan Bruyneel, l’entraîneur de l’équipe.

Quant à ceux qui ont suivi le cyclisme dans les années 90 et 2000, ils n’apprendront rien qu’ils n’ont déjà lu dans les journaux à l’époque, mais cela n’entravera pas pour autant leur plaisir. En effet, avec Stephen Frears on est assuré que le travail sera bien fait. Comme il l’avait fait avec The Queen, il nous livre une reconstitution impeccable dans un film au rythme soutenu comme un thriller et aux images soignées (apparemment, des quelques courses qu’il a dû voir pour préparer ce film, il a surtout retenu les caméras embarquées sur les motos dans les descentes et les plans d’hélico).

Mais la force principale de The Program (comme de la plupart des films de Frears d’ailleurs), c’est l’excellence de la distribution et de la direction d’acteurs.

The-Program-movieBen Foster est Lance Armstrong. Antipathique, dictatorial, manipulateur, tricheur, Foster ne gâte pas Armstrong mais lui laisse sa part d’humanité, et pas seulement lors d’une scène avec des enfants cancéreux. On admire aussi sa ressemblance physique.

theprogram (9).jpgDenis Ménochet est Johan Bruyneel. Certes il est dommage que ce rôle ne soit pas interprété par un acteur flamand, mais Ménochet – qu’on a vu en fermier au début d’Inglorius Bastard et en père beauf’ dans Dans la maison – est succulent avec son air parfois bougon, parfois désabusé.

the_program_25_72dpi.jpgJesse Plemons est Floyd Landis. Plemons, c’est ce petit jeune à la sale tronche qu’on voit partout en ce moment (le boucher de la saison 2 de Fargo, un des gros bras de J. Depp dans Black Mass). Il campe un Landis un peu concon mais touchant, surtout lorsqu’il est pris pour dopage au lendemain de sa victoire sur le Tour de France et qu’il lâche : « C’est injuste ! »

the-program-movie-2015-photo-guillaume-canetGuillaume Canet est le docteur Ferrari. Grotesque dans le bon sens du terme, Canet nous régale avec son accent italien.

THE_PROGRAM_CLIP_DA_993955a.jpgChris O’Dowd est David Walsh. Le journaliste du Sunday Times qui avait raison vu clair dans le jeu d’Armstrong depuis le début et que personne ne voulait écouter, surtout pas ses collègues, sert de fil rouge à The Program. Cela ne correspond pas tout à fait à la vérité historique puisque le journal L’Équipe notamment avait également sorti des révélations sur Armstrong. Mais le chevalier blanc seul contre tous, c’était plus fort scénaristiquement.

Un regret tout de même : qu’il n’y ait pas plus de scène de course. Non pas pour le suspense puisqu’on sait que c’est Armstrong qui gagne à la fin. Mais « le boss » était connu pour avoir la mainmise totale sur le peloton. On le voit bien par deux fois s’adresser en pleine course à des coureurs qui en ont été trop bavards. Trop furtif à mon goût. Je crois que Frears a raté là l’occasion de nous montrer des scènes très cinégéniques au sein de cette masse compacte de 180 coureurs qui se frottent filant à 60 l’heure sur les routes du Tour.

Omerta dans le peloton, Union cycliste internationale complice, journaliste qui s’enflamment face à des exploits contre nature, The Program risque bien de vous dégoutter définitivement du cyclisme. « Bah ! De toute façon, ils sont tous dopés », diront certains. D’accord. Mais comme le dit David Walsh, ce n’est pas un concours de chimie.

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