Quand la destination préférée des vacanciers belges servit de décor à un remake porno du Septième Sceau.

Espagne, début des années 70. Alfredo López vend des encyclopédies à domicile. « L’histoire illustrée de la guerre civile espagnole, en 3800 pages, avec 2010 photographies en noir et blanc et 525 photographies en couleur. Le tout en 10 luxueux volumes parfaitement reliés. Et en plus, une fidèle reproduction échelle 1/10 du buste de Francisco Franco y Bahamonde. » Mais le secteur est à l’agonie et la maison d’éditions qui emploie Alfredo doit de se restructurer. Elle propose à ses anciens vendeurs de participer à la création d’une Encyclopédie visuelles sur la reproduction destinée au marché scandinave. En vérité, les employés sont invités, sous peine de renvoi, à tourner des films pornographiques en compagnie de leur épouse.

Pendant que sa femme Carmen apprend l’art de la séduction en compagnie d’une actrice X suédoise, Alfredo reçoit des leçons de réalisation de la part d’un ancien disciple de Bergman. D’abord timide, le couple va petit à petit se prendre au jeu. Alfredo devient le Ed Wood du porno espagnol, rêvant de Bergman mais réalisant Les Aventures et malheurs d’une veuve en chaleur. Quant à Carmen, elle est, sans le savoir, une star dans le nord de l’Europe. Accompagnés d’une équipe technique danoise, ils se rendent à Torremolinos en plein hiver pour tourner en 35 mm un remake pornographique du Septième Sceau.

Torremolinos 73 nosanneeslumiere
Candela Peña et Mads Mikkelsen

Cette histoire rocambolesque est inspirée de faits réels. Alfredo et Carmen auraient bel et bien existé et leur film serait disponible à la Cinémathèque danoise. Torremolinos 73 est d’ailleurs une coproduction avec le Danemark dans laquelle on retrouve plusieurs acteurs nordiques dont un Mads Mikkelsen pas encore connu du grand public. Les rôles principaux sont par contre tenus par deux incontournables du ciné espagnol : Javier Cámara (l’infirmer de Parle avec elle) et Candela Peña (moins connue chez nous) qui semblent s’être bien amusé à jouer le plombier, l’infirmière ou la miss lors des petites séquences extraites de leur production coquine.

La mise en scène est l’oeuvre de Pablo Berger, dont c’est ici l’opera prima. Le très rare réalisateur (deux films en douze ans) nous avait ébloui en 2012 avec Blancanieves. Dans Torremolinos 73, il propose une belle reconstitution de l’Espagne à la fin de la dictature sous la forme d’une comédie enjouée.

Le film regorge aussi de personnages secondaires truculents (la cliente du salon beauté offusquée par Le Dernier Tango à Paris, le prof de ciné porno ancien assistant de Bergman) et bénéficie d’un décor envoutant dans sa dernière partie : Torremolinos à la morte saison. En 1973, les immeubles en barres avaient déjà remplacé les tours et les moulins qui donnèrent son nom à la cité balnéaire. Une horreur architecturale que l’excellent directeur photo Kiko de la Rica arrive à sublimer, surtout lors des scènes en 35 mm.

Publicités