a : 2010, r : Icíar Bollaín, sc : Paul Laverty, m : Alberto Iglesias, ph : Álex Catalán, ac : Luis Tosar, Gael García Bernal, Juan Carlos Aduviri, Karra Elejalde, Carlos Santos, Raúl Arévalo

Costa, le producteur, et Sebastián, le réalisateur, ont choisi la Bolivie pour le tournage d’un film narrant la découverte des Antilles par Christophe Colomb. Sebastián entend insister sur l’asservissement des populations locales qui a suivi l’arrivée des conquistadors. Parallèlement, les habitants de la ville de Cochabamba se soulèvent contre la privatisation de l’eau désormais distribuée par une multinationale américaine. Daniel, un figurant recruté sur place, est l’un des principaux meneurs de cette lutte.

Scénarisé par l’anglais Paul Laverty – habituellement associé à Ken Loach et compagnon de la réalisatrice – También la lluvia se déroule dans un contexte historique réel, lorsque la multinationale américaine Bechtel augmenta le prix de l’eau de 300 % (avril 2000), provocant la révolte de la population. Le film introduit dès lors un parallèle entre la conquête de l’Amérique par Christophe Colomb et la privatisation de l’eau par l’entreprise US, tous deux présentés comme des oppresseurs assoiffés de richesses.

La force de También la lluvia (Même la pluie) réside dans le parfait mélange entre la réalité et la fiction représentées. L’exercice connu du film dans le film permet en général aux réalisateurs de s’amuser à brouiller la frontière entre réalité et fiction (Sommes-nous dans le film ou bien dans le film dans le film ?). Ici, impossible de confondre les deux époques, l’une étant contemporaine, l’autre historique. Pourtant, les scènes se font parfaitement écho. Et là où cette frontière s’efface, c’est dans le regard des indigènes/figurants qui semblent terrorisés par la cruauté glaçante de ces nouveaux arrivants tout en armure argentée.

Icíar Bollaín souligne aussi l’hypocrisie de l’équipe du film. Acteurs, réalisateur et producteur sont a priori sympathisants de la cause populaire tout en profitant de cette main-d’œuvre bon marché. Sebastián, le jeune réalisateur idéaliste, se retrouve d’ailleurs à court d’arguments lorsqu’il s’agit de prendre cause pour la population face aux autorités municipales.

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